Pas de nouvelles, bonnes nouvelles

Il est vrai que ces derniers temps, je n’écris plus, et la seule manière d’avoir des nouvelles de ma part est via Twitter (ou Discord, mais personne ici n’a mon pseudo il me semble). Enfin nouvelles est un bien grand mot car je ne fais quasiment que retweeter des conneries qui me font marrer !

Alors, qu’est-ce que je deviens ? Eh bien je suis toujours dans le même boulot tout pourri mais qui me permet de remettre un peu d’argent de côté. Et cet argent, je vais en avoir besoin parce que… parce que mon homme a enfin réussi à se faire muter et nous allons quitter la région parisienne ! Cela fait presque 8 ans qu’on y vit à contrecœur, parce que Monsieur y a un CDI et que j’ai suivi car lorsque je l’ai rencontré, j’étais tout juste diplômée et sans emploi. Des années qu’on rêve de partir, qu’on postule et qu’on se prend des échecs en pleine poire, et là c’est bon.

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C’est la ville de Bourges qui va nous accueillir. Elle n’était pas dans notre Top 10, mais ça reste une belle ville et on prend ce que l’on a. On cherche à partir depuis si longtemps que cracher dans la soupe n’est même pas envisageable. Mais inutile de vous dire que nos cœurs font de grands bonds de joie ! Adieu la ville pourrie, les voisins pire qu’irrespectueux, l’appartement plein de moisissures, la crèche et les garages qui font tellement de bruit… adieu et on ne te regrettera pas !

Evidemment, rien n’est encore fait. Il reste la partie la plus difficile : trouver un appartement alors qu’on a pas de garant. Pendant près de 8 ans on a payé rubis sur l’ongle un loyer de 750 euros alors qu’on vivait à deux sur un SMIC, mais ce n’est pas dit que ça suffise pour les éventuels propriétaires qui accepteraient notre dossier. On a lu que la démographie de la ville de Bourges était en baisse et qu’il était difficile de trouver des locataires, alors peut-être que les gens seront moins difficiles, mais rien n’est sûr. On a repéré de beaux appartements et on compte bien en prendre un plus grand (on rêve d’une pièce entière consacrée au gaming et à la lecture, pour éviter d’afficher nos ordinateurs aux yeux de tous dans le salon comme actuellement…), mais encore faudrait-il avoir des réponses.

C’est ce qui va nous occuper le plus pour le mois d’août : la prospection pour les appartements, s’organiser pour les visites sachant qu’on bosse, trouver notre perle rare, puis déménager (ni mon homme ni moi n’avons le permis, va falloir solliciter les collègues). S’installer, commencer à bosser pour lui et… trouver un emploi pour moi, et vite.

Car en effet, si mon homme est muté, il est aussi promu et passe agent de maîtrise. Son salaire augmente donc. Et déjà que lorsqu’il gagnait un simple SMIC, j’avais mon AAH (Allocation Adulte Handicapé) rognée aux trois-quarts, inutile de vous dire qu’avec son nouveau salaire je n’aurai plus rien. Si je ne trouve pas d’emploi à Bourges, je vais me retrouver dans une situation de dépendance à 100% que j’appréhende beaucoup. Lui, ça ne le dérange pas de me passer sa CB pour mes achats, mais que faire le jour où il me dira non pour quelque chose ? Pour moi c’est une entrave sévère à ma liberté et à ma dignité, d’être dépendante à ce point. Et si je suis heureuse de quitter enfin Paris, pour moi l’aspect dépendance est un gros point noir au tableau. Et quand je vois la tronche des offres d’emploi sur Bourges, je me dis que je vais BEAUCOUP galérer. J’ai un peu peur. Ou alors ce sera l’occasion de faire enfin ce livre sur le handicap invisible, mais bon, les droits d’auteur à moins d’être archi-célèbre ça ne fait pas vivre.

Bref, ne vous méprenez pas, j’ai beau avoir mon côté négatif et pessimiste qui me titille, je suis très heureuse de quitter enfin cette ville dans laquelle je ne me suis jamais épanouie et qui n’est pas bonne pour ma santé. Les mois qui suivent vont être bien remplis et je vais avoir beaucoup de paperasse pour les transferts, et ensuite, je prie pour ma chance dans le monde du travail. Je ne réalise pas encore que c’est enfin fini, on se casse, adieu Paris… j’hésite à laisser éclater ma joie parce que je suis un porte-poisse ambulant ! Rien qu’à cause de cela je ferme ma bouche depuis le début du mois pour être sûre de ne rien faire capoter. J’ai juste fini par lâcher un peu le morceau quand mon homme a eu son entretien avec le directeur de son nouveau magasin… enfin, enfin, enfin. Même moi j’ai droit à un peu de positif dans ma vie !

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Travailler dans la grande distribution

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Je sais que je n’écris plus beaucoup. En fait, depuis que j’ai commencé mon contrat, j’ai l’impression de me laisser porter en mode pilote automatique et de ne plus avoir goût à quoi que ce soit.

Je lis moins, je joue moins, j’écris encore moins. Je ne sors plus à part pour les courses et le kiné, je ne vais même plus à la bibliothèque.

Pourtant, j’ai des horaires cool, je bosse le matin, et si on oublie le fait que je ne suis vraiment pas du matin, j’ai tous mes après-midis. Mais le truc, c’est que le boulot est tellement épuisant que je ne profite pas de mes après-midis.

Je pensais que c’était juste une question d’habitude, qu’à force j’allais m’endurcir et mieux supporter la fatigue mais en réalité, c’est de pire en pire. J’ai mal quand je marche, je ne peux même plus dormir sur le dos sans avoir des douleurs qui me vrillent les hanches, je suis courbaturée en permanence. Et je ne travaille que depuis 4 mois, alors imaginez tous les gens qui sont dans le milieu depuis plusieurs années…

Pourtant je respecte les postures de manutention, mais j’ai plus l’impression que ces postures existent pour donner bonne conscience aux gens qui nous pètent le dos, parce que ça ne change pas grand chose. On finit tous par avoir des soucis. A la décharge du métier, je suis issue d’une famille dans laquelle tout le monde a des soucis de dos, donc peut-être que ça se réveille plus tôt chez moi à cause de mes gènes pourris (ma famille maternelle a de nombreuses tares génétiques, c’est fou) et non forcément à cause du métier. Mais ça rajoute une couche désagréable à un métier désagréable dans une ambiance désagréable.

Le métier serait plus agréable avec une bonne ambiance et de la solidarité dans l’équipe, mais ce n’est pas le cas. J’avais déjà eu l’occasion d’apercevoir l’ambiance lors de mes précédents petits contrats, mais en fait ce n’était qu’un petit vernis de surface. Quand on est dedans 100% du temps, on s’aperçoit bien vite qu’il n’y a pas qu’un seul ver dans la pomme. C’est juste hallucinant de voir à quel point les gens dans ce magasin adorent les dramas, sont naturellement malveillants, crachent sur les autres. Et forcément, comme mon homme est un bosseur, et qu’il est reconnu pour ça, la majorité des gens ne l’aiment pas et reportent leur haine sur moi. Ce mois-ci, il est en vacances, et quand le chat n’est pas là, les souris dansent. Cette bande de cinglés a réussi à me faire sortir de mes gonds en une semaine. J’ai pété un des plus gros câbles de ma vie, ce qui a surpris pas mal de monde qui me pensait incapable de m’énerver et répliquer. Grosse erreur. Je suis placide, mais je ne suis pas une victime. Quand on me cherche on me trouve.

Les clients aussi en tiennent une bonne couche. Entre :

  • ceux qui se jettent dans tes jambes quand tu manœuvres avec une palette lourde et pas toujours stable juste pour passer devant (omg perdre 5 secondes de sa vie en laissant passer quelqu’un c’est juste pas possible),
  • ceux qui défoulent leur frustration sur toi (ils repartent encore plus frustrés quand ils font ça avec moi tellement je n’en ai rien à foutre haha),
  • ceux qui font une crise d’hystérie parce que le produit à 3 euros offert est en rupture de stock (breaking news, quand t’as des milliers de clients dans toute la France qui viennent chercher leur produit bah ouais, le temps d’en produire d’autres c’est en rupture),
  • ceux qui t’insultent,
  • ceux qui essaient de te tripoter et font genre ce n’est pas fait exprès,
  • ceux qui font le choix de leur vie devant toutes les références de pain pendant 1h alors que chaque semaine ils prennent le même,
  • ceux qui lâchent d’énormes caisses puantes dans ton rayon (oui oui)…

Ils sont juste infernaux. Il y a quelques clients adorables mais malheureusement ce ne sont pas les plus fréquents…

Je ne parle même pas de ceux qui t’explosent tes rotations en cherchant le produit avec la date limite la plus éloignée, alors que j’ai toujours des DLC d’au moins deux semaines, et que ces gens viennent toutes les semaines, donc en toute logique ils peuvent prendre le premier pain venu… mais non, c’est tellement mieux de mettre le foutoir et de ne rien ranger, sans aucun respect pour le travail des employés. J’en suis à ne plus prendre la peine de faire les rotations sur certains produits tant j’en ai marre de tout retrouver sans dessus dessous le matin. Les gens sont infoutus de remettre à sa place un produit qu’ils ont pris lorsqu’ils changent d’avis. Certains clients rivalisent même d’imagination pour dissimuler leur flemme en foutant un produit au fin fond d’un rayon isolé à l’autre bout du magasin…

Il faut quand même savoir que la grosse majorité du gaspillage est due… à la flemme des clients qui ne rapportent pas les produits à leur place. Surtout quand il s’agit de produits frais abandonnés dans des rayons non-réfrigérés… mais aussi lorsque des produits non-frais sont retrouvés parfois plusieurs semaines plus tard car, manque de personnel oblige (on préfère enrichir les actionnaires plutôt qu’embaucher du monde), tous les rayons ne sont pas faits tous les jours et on met parfois du temps à retrouver un produit qui a été caché dans un rayon non-prioritaire. Quand j’ai des produits qui arrivent à leur date de péremption, je ne les jette pas : ils vont dans des paniers qui sont vendus via l’application Too Good To Go. Ce qui est jeté, c’est ce qu’on retrouve dissimulé par les clients… du moins au niveau de mon équipe, c’est autre chose pour la boulangerie, boucherie et poissonnerie.

Bref, je pourrais longtemps parler de tout ça, mais autant en faire plusieurs articles, non ? 🙂

Je vous avoue cependant que j’ai hâte de finir. L’argent c’est le nerf de la guerre, mais la santé c’est mieux.

Les États d’esprit du vendredi #25

 Je ne les avais pas faits depuis un certain temps, je n’arrive plus à garder une certaine assiduité, je crois que je laisse ma fatigue me bouffer au point de ne plus faire grand chose d’utile. Peut-être une mauvaise passe, je ne sais pas.

Bref, 25ème article des états d’esprit de Zenopia et ThePostman.

Fatigue : Importante.

Humeur : Anesthésiée.

Estomac : Frites de légumes et steaks.

Condition physique : Grosses courbatures, et la main douloureuse à cause d’une cliente qui ne regardait pas où elle allait et m’a percutée bien fort avec son bordel à cul de bordel à canard de caddie.

Esprit : Je ne suis même pas sûre d’être capable de me focaliser sur quelque chose.

Boulot : Bosser en grande distribution, c’est vraiment être au contact de la lie de l’humanité. En plus, je bosse pour une enseigne bourgeoise. Et c’est là que je me rends compte que des gens aisés sont capables de violence envers les employés parce qu’il n’y a pas en stock le petit financier à deux euros offert avec la carte de fidélité. DEUX EUROS.

Culture : Bon ben Game of Thrones c’est fini, j’attends avec impatience les livres manquants pour me rassurer sur la qualité de cet univers. Parce que j’ai trouvé la dernière saison à chier niveau écriture, et pourtant je suis bon public.

Penser à : Aller en ville acheter des chaussures de sécurité. Je repousse depuis des semaines mais mes pauvres baskets pourries sont en train de bailler.

Avis perso : On dirait bien que la beaufitude est incluse dans le pack « ouvriers qui bossent dans ma rue ». Sérieusement, quelqu’un a déjà réussi à pécho en commentant la taille des seins d’une femme ?

Loulou -chat- : J’ai investi dans un test d’allergies alimentaires et environnementales, et bordel, ça craint. Il a confirmé beaucoup d’observations que j’avais déjà faites, et il a rajouté d’autres sources d’intolérance. Je comprends mieux ses vomissements.

Message perso : Aucun. Si ce n’est merci de supporter mes râleries sur le taf et les collègues alors que d’autres aimeraient avoir ma place. Parfois je me dis que je la leur laisserais bien.

Amitiés : Rien.

Love : Heureusement qu’il est là au travail, sinon je me morfondrais.

Sorties : Trop fatiguée pour sortir !

Essentiel : Essayer de me reposer. Je dis bien essayer.

Courses : De la malbouffe. Je vais le payer mais je n’ai pas l’énergie pour cuisiner.

Envie de : D’être assez riche pour payer un cuistot T_T

Musique : 

J’ai découvert récemment cette chaîne qui reprend des génériques d’animes en anglais et je trouve que pour certains, ça claque !

Photo : 

Aucune. Sauf si vous voulez des photos à la Pokémon Go x)

J’en connais un/une dont le signe astro est sûrement Balance

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Bon, la grande distribution, ça n’a jamais été l’ambition de ma vie. Si j’y suis actuellement, à mettre des produits en rayon et à subir des clients qui puent la mort dès le matin, c’est parce que mon homme m’a obtenu ce poste et que je ne pouvais pas dire non, vu ma situation financière.

N’étant pas quelqu’un de sociable, je ne parle quasiment à personne. Juste, vaguement, à ceux qui me connaissaient de mes précédents contrats dans l’entreprise (j’y ai fait beaucoup de petits CDD). Et encore, je ne suis pas bavarde, j’écoute plus qu’autre chose.

Dans ces conditions, difficile de se dire que j’ai pu blesser quelqu’un ou même me faire haïr. Et pourtant, visiblement, si.

Je ne sais pas qui. Je sais juste que c’est quelqu’un qui est syndiqué et représente le personnel puisqu’il s’est exprimé pendant un CE, dans mon dos.

Quand un CDI s’est libéré dans l’entreprise, pour un rayon qui en plus est raccord (à peu près hein, c’est la grande distribution pas un magasin bio spécialisé) avec ma formation, je me suis positionnée dessus immédiatement.

N’ayant pas de nouvelles, j’ai fini par aller voir le directeur pour savoir ce qu’il en était… et je suis tombée des nues.

Il m’a dit que pendant un CE, quelqu’un lui avait « envoyé en pleine gueule » (ce sont ses termes, alors qu’il est plutôt poli et posé) que j’étais en couple avec un gars de l’entreprise et que ça dérangeait, car ça entrait en désaccord avec la politique de l’entreprise qui refuse les couples et la famille proche au sein d’un même magasin.

Je ne sais pas où est écrite cette règle, car je ne l’ai jamais lue dans le règlement intérieur, mais on me l’a déjà envoyée dans les dents et apparemment les hautes sphères ne plaisantent pas avec ça.

Pourtant, bizarrement, on a déjà des couples au sein du magasin (et qui ne s’y sont pas formés hein, le conjoint a été embauché alors qu’il était déjà en couple) et plus le grade des gens est élevé, moins ils ont de mal à caler leurs proches au sein du magasin. Je ne me suis pas privée de le dire au directeur, qui est d’accord avec moi, mais il ne peut pas se permettre de prendre le risque au vu de la malveillance de la personne concernée.

Il m’a dit que ça l’embêtait, car il apprécie mon travail qu’il a qualifié de « très bon » et voit bien que je suis qualifiée pour le poste, mais il ne peut pas prendre le risque de passer outre un problème qui a été soulevé devant témoins. Il ne peut pas me faire signer le CDI en prétendant ne pas savoir puisque ça a été balancé en public.

Le pire dans tous ça, c’est que je ne connais pas grand monde, qu’à ma connaissance je n’ai froissé personne, je ne sais même pas qui est représentant du personnel. Je n’ai pas le CDI parce qu’une personne que je ne connais même pas, et qui n’est jamais venue me dire en face que ma présence la dérangeait, a bavé sur ma tronche pendant un CE.

Niveau poisse, on touche le fond ! En parlant à si peu de monde, comment est-ce que j’ai pu me faire des ennemis ? Je m’en fous des gens, je suis juste là pour travailler !

J’aurais enfin pu connaître un peu la stabilité, dans un magasin à peu près compréhensif du handicap, mais non. Il a fallu que la malveillance naturelle des êtres humains vienne s’en mêler. Et après, on va me reprocher ma misanthropie !

Une chose est sûre, ma motivation et mon moral ont pris un énorme coup dans les dents. J’ai l’impression d’avoir pris un train en pleine face, ça me déprime, je n’ai juste plus envie de mettre les pieds dans le magasin. Enfin, si, juste assez pour découvrir qui est la balance en question (les listes des représentants du personnel sont sûrement disponibles, par déduction on trouvera bien) et aller la confronter. Je t’ai fait quoi au juste, connard ? Les syndicats ne sont pas censés aider le personnel ? C’est la deuxième fois qu’un putain de syndicat vient me mettre des bâtons dans les roues. J’ai un karma avec eux, ce n’est pas possible. Si c’est encore la CFDT je vais péter une durite.

Là, j’ai juste envie de me rouler en boule dans un coin pour pleurer sur ma malchance.

Une chose est sûre, je vais continuer à regarder les offres d’emploi. Et dès que je peux me barrer, je me barre.

Le directeur m’a dit d’être patiente et de continuer en CDD, parce qu’avec un peu de chance d’ici quelques mois on m’aura oubliée. Mais j’ai des doutes. Si quelqu’un que je ne connais pas a pu être malveillant à ce point, on ne m’oubliera pas. Il m’a aussi dit qu’il pouvait appuyer ma candidature dans un autre magasin, mais le problème, c’est qu’en grande distribution je ne tiens que parce que mon homme est là pour compenser mes faiblesses. Sans lui, je ne peux pas exercer en grande distribution, ou alors dans un tout petit magasin.

Bref, je suis encore plus écœurée par les gens, par le monde du travail, par ces putain de syndiqués flemmards qui ne pensent qu’à leur gueule, j’ai envie de hurler et de péter des dents. Pourquoi encore moi ? Qu’est-ce que j’ai fait à ce putain de magasin ?

Par respect pour les victimes, doit-on s’arrêter de vivre ?

J’imagine que vous êtes au courant au vu de la hype, mais la nouvelle saison de Game of Thrones a repris et à chaque épisode, on voit les hashtags en top tendance sur twitter.

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Dessin de AlexielApril sur deviantart

Mais aujourd’hui, un message m’a particulièrement agacée. Un homme qui râlait sur le fait que les gens préfèrent parler du nouvel épisode de Game of Thrones que de ce qui se passe au Sri Lanka.

Dans ces moments-là, je ne peux pas m’empêcher de penser, mais quel est le rapport ? Oui, il y a encore eu un attentat, oui, il y a encore eu des morts.

Chaque jour, sur Terre, il y a des violences, des catastrophes naturelles, des enfants esclaves dont vous avez d’ailleurs sûrement déjà acheté les fringues à un moment donné. L’homme est naturellement violent et très inventif pour trouver de nouvelles manières de buter son prochain. Et la nature en rajoute une couche, parfois.

Est-ce que, pour autant, on doit s’arrêter de vivre ? Est-ce que regarder une série de temps en temps veut dire qu’on ne peut plus se préoccuper du reste ? Est-ce que, parce qu’il y a eu des violences, on doit rester dans un état de dépression permanent et ne plus avoir le droit d’apprécier quoi que ce soit, parce que c’est irrespectueux pour les victimes ?

J’ai du mal à comprendre cette volonté de vouloir tout mettre dans le même panier, de vouloir moraliser la vie des gens. C’est un peu comme ceux qui viennent crier « et nos SDF ? » à chaque fois que de l’argent est injecté dans un projet, alors qu’eux-mêmes n’ont jamais donné un seul euro à un SDF. Est-ce que c’est une volonté de se poser en sauveur de la morale ? Mais quel est le but derrière ? Forcer les gens à être en permanence en dépression en les forçant à avoir les yeux rivés sur toutes les violences ?

Ce n’est pas parce qu’on est pas focalisés sur un problème à chaque instant que l’on oublie ce qui se passe dans le monde. Ou même chez nous. Cependant, parfois, on a besoin de souffler. Notre société hyper-connectée nous pousse à être au courant de tout, et c’est une overdose d’informations, souvent glauques et violentes, qui nous sollicite en permanence.

C’est normal de vouloir souffler.

Alors prenez votre morale à deux francs six sous, pliez la, et carrez la bien profondément dans votre derrière, de manière à ce qu’elle n’en ressorte jamais. Non seulement ça nous fera des vacances, mais en plus, ça vous évitera de passer pour des moralisateurs à deux balles.

Laissez donc les gens s’amuser et vivre. Que l’on regarde un épisode de Game of Thrones ou non, ça ne changera pas grand chose à la situation des victimes de violences et catastrophes. Y penser en permanence ne changera rien à leur sort non plus.

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Dessin par elia-illustration deviantart

L’art de se culpabiliser après coup

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Source : noronori, deviantart

Il y a un peu moins de trois ans, j’ai eu l’occasion de travailler dans une entreprise qui ne recrutait que des personnes handicapées. C’était un contrat de six mois qui débouchait sur un CDI. Et en plus de ça, le taf était vraiment pépère. Même en faisant le boulot des autres, je trouvais le moyen de m’ennuyer.

En soi, tout aurait pu bien se passer. Quand on a beaucoup de fatigue chronique, trouver un travail tranquille sans aucun effort, c’est le rêve.

Sauf qu’évidemment, malchanceuse au possible, je suis tombée dans une antre de fous. Ma cheffe était fumeuse, et fumait/vapotait DANS les locaux (locaux sans fenêtres en plus). Je ne sais même pas comment elle faisait pour ne pas déclencher les arrosoirs anti-incendie. Évidemment, vu mon handicap respiratoire, je lui avais vite demandé d’arrêter, mais elle refusait. Elle était d’une rare malveillance, toujours à parler dans le dos des gens, à faire des crasses, et surtout à refuser tout ce qu’on lui demandait. Elle ne faisait même pas son travail.

J’ai vite alerté mes supérieurs, mais rien n’a été fait. Ma supérieure était trisomique, et du coup, on me demandait de prendre sur moi et de ne pas lui en vouloir, car « elle ne sait pas ce qu’elle fait ». Prendre sur moi, alors qu’elle me bouffait la santé et que surtout, elle savait très bien ce qu’elle faisait. Un handicap mental ne signifie pas être un innocent petit agneau. Un handicapé mental reste un être humain, avec tout ce que ça implique en termes de travers. Cette femme, elle entrait dans mon bureau en dansant, répandant sa fumée partout, en me disant « t’aimes pas ça hein ? Ca te fait tousser hein ? ». Elle SAVAIT qu’elle faisait du mal. Et je n’avais aucun soutien de ma hiérarchie. Rien que de l’écrire, je vibre de haine en y repensant.

A la fin de mon contrat, on m’a proposé d’abord un CDI, que j’ai refusé, mettant en avant la détérioration de mon état de santé. On m’a alors proposé un autre contrat, mais mon supérieur était incapable de me dire quoi que ce soit dessus : CDD, CDI, temps plein, temps partiel, situé où… ? Une quelconque amélioration si je rencontre à nouveau un collègue qui prend plaisir à me tuer la santé ? En fait, l’entreprise voulait juste me garder sous le coude car il semblerait que les handicapés compétents soient rares.

Sur le coup, quand je suis partie, j’ai trouvé ça légitime. J’étais dans un état de santé pitoyable, j’ai mis plusieurs mois à m’en remettre au niveau respiratoire, et moralement parlant, j’étais au trente-sixième dessous, j’en avais marre d’avoir une telle poisse. Quand enfin je trouve un contrat, il faut que ça se passe mal !

Mais évidemment, une fois remise, l’auto-flagellation a commencé. Encore aujourd’hui, je suis prise de phases de culpabilisation, pendant lesquelles je me dis que j’aurais pu tenir, que ce n’était pas si terrible, que ça faisait un salaire, etc. Une fois partie de l’environnement toxique et destructeur, c’est facile de culpabiliser. J’ai vite oublié tous les problèmes, j’ai vite oublié mon état de santé, toutes ces visites à l’hôpital et ces médicaments ingurgités pour tenter de rattraper les dégâts de la clope de cette sombre pute à qui on pardonnait tout.

Pourquoi j’en reparle aujourd’hui ? Parce que j’ai de nouveau vu une offre de cette entreprise passer. Et j’ai mis plusieurs jours à me tâter, est-ce que je vais postuler ? Actuellement, j’ai un travail, mais c’est un travail physique, et je ne sais pas combien de temps je vais l’encaisser, même si actuellement je me stabilise niveau fatigue.

Finalement, l’offre a disparu, j’ai tergiversé trop longtemps. Mais ça ne veut pas sortir de ma tête, l’idée que j’aurais pu échapper aux années de galère financière si j’étais restée. L’idée que j’aurais pu tenir.

Je dis ça, mais moi, la placide, j’étais à bout au point d’en arriver à frapper quelqu’un. Car oui, à un moment, j’ai craqué, et un jour où elle venait me souffler sa fumée en pleine tronche, je l’ai frappée, au point de faire un éclat dans le mur en verre et de lui péter le nez. Je me suis arrêtée à temps. J’en étais folle. Mais je trouve le moyen de me dire que j’aurais pu tenir, alors que je sais que non. J’aurais de nouveau craqué, et je ne me serais pas arrêtée. Ma placidité a toujours été de façade. Si on me pousse dans mes derniers retranchements, je suis d’une rare violence. Je suis dangereuse. Surtout si je me sens en danger. C’est un peu comme si, dans mon cerveau, il y avait une deuxième personne pour prendre le relais par rapport à la fille placide qui parle à peine et est réticente à se défendre.

Et aujourd’hui, je suis de nouveau face à un cas de conscience.

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Actuellement, je suis en CDD, et c’est un CDD de longue durée. J’en ai encore pour jusqu’à la fin de l’année, au moins (si je tiens physiquement, mais ça devrait être le cas).

Or, un CDI s’est libéré. J’ai posé une option dessus, évidemment, même si l’entreprise et le travail en soi ne me plaisent pas. Parce que je sais que si je ne le fais pas, je vais m’en vouloir d’être de nouveau passée à côté d’un CDI.

C’est une entreprise qui m’a fait un nombre incalculable de coups de pute, et donc, c’est parfaitement possible qu’ils me refusent ce CDI, alors qu’ils n’ont en soi aucune raison valable : mon CDD a été renouvelé plusieurs fois, donc je donne satisfaction, on ne m’a jamais rien reproché, et en plus, contrairement aux autres, quand j’ai fini mon rayon je vais aider ailleurs (les autres eux, quand ils ont fini, ils vont glander en réserve).

Et je me dis que si on me refuse de CDI, et qu’on m’impose de travailler à côté de la personne qui l’aura eu jusqu’à la fin de l’année, alors que je suis particulièrement qualifiée pour l’obtenir (il s’agit d’un CDI dans le rayon bio/diététique/compléments alimentaires, ce qui est raccord avec mon diplôme obtenu récemment et que j’ai bien mis en avant), je vais juste complètement péter un câble.

Parce que ce ne sera pas le premier coup de pute de l’entreprise et qu’au bout d’un moment, il faut arrêter de se foutre de ma gueule.

Si ça devait arriver, j’ai juste envie de lâcher le CDD, malgré le confort financier. Et mon homme me soutient totalement, car lui aussi trouverait ça injuste et dégueulasse.

Sauf que je me connais : si je fais ça, au début je trouverai ça légitime, puis après je vais me culpabiliser en me disant que j’aurais pu mettre ma fierté de côté pour continuer histoire d’empocher l’argent. Et ce encore plus sachant que je vais galérer à retrouver quelque chose après.

Bien sûr, ça ne sert à rien de faire des plans sur la comète : j’aurai peut-être ce CDI et s’ils me refusent, ils ont intérêt à avoir des arguments béton -mon diplôme de naturopathe apporte une telle plus-value au rayon que s’ils prennent quelqu’un d’autre, il faut pouvoir le justifier-, mais je suis une habituée des coups de pute de la boîte et je me prépare au pire.

Mais ça me ferait chier.

Je ne sais pas comment réagir.

Mendokusai.

sloth

Par le feu, de Will Hill, dans la tête d’une secte

par le feu

Est-ce que vous vous êtes déjà demandé ce qui pouvait bien passer par la tête des gens qui se laissaient embrigader dans une secte ? Ce qui pouvait bien pousser des gens à s’isoler de toute leur vie, toute leur famille, pour suivre une idéologie trop belle pour être vraie ? Ce que ces gourous ont de si attirant pour retourner le cerveau des gens aussi facilement ?

Quand j’étais gosse, j’avais un groupe de témoins de Jéhovah dans mon quartier, et ma « meilleure amie » de l’époque en était une. Et quand j’y repense, c’est hallucinant le point auquel cette secte utilisait les enfants à des fins de propagande, pour faire du forcing auprès de leurs camarades, pour les convaincre de venir « pour voir ». Ma mère avait vite mis le holà en essayant de me parler des dangers des sectes, mais à l’époque j’avais du mal à voir en quoi ce qui était censé être une fête était dangereux. Et c’est là que, justement, ça devient dangereux : parce que ça commence par une « fête » et ensuite ça finit en lavage de cerveau…

Il faut savoir que ce roman est une fiction inspirée d’une histoire vraie : celle de la « tragédie de Waco« , qui a vu un camp de la secte des Davidiens pris d’assaut par l’armée américaine. Cet assaut fut un véritable bain de sang, avec 86 morts (dont quelques soldats de l’armée), dont des enfants. Il se trouve que cette secte était en possession d’armes obtenues de manière illégale.

L’histoire se place du point de vue de Moonbeam, survivante de la tragédie, qui se retrouve avec d’autres enfants survivants en thérapie dans un centre spécialisé. Le but est à la fois de leur soutirer des informations sur leur vie au sein de la secte, et de les aider à comprendre le monde extérieur qui leur a toujours été présenté comme démoniaque.

J’ai justement beaucoup aimé le fait que l’histoire soit présentée en fonction des entretiens de Moonbeam avec le thérapeute. Cela permet de voir son évolution, du début où malgré ses doutes elle garde des réflexes de sa vie passée dans un camp fermé sans aucune éducation. On a également une idée de la manière dont sont accompagnées les personnes qui sortent de ce type de secte ultra-fermée qui coupe ses membres du monde.

Je vous avoue que j’ai eu un peu de mal avec ce type de narration, qui alterne entre passé et présent, mais ça permet de mettre en avant le fait que cette vie au sein d’une secte était comme vivre dans un autre monde, avec ses propres règles qui échappent aux lois du pays dans lequel elle est implantée.

Le sens de l’observation aiguisé de Moonbeam nous permet de nous mettre dans la tête de ces gens qui suivent un gourou sans hésiter, prêts à tout accepter, y compris le pire. De nous donner une idée du pouvoir de persuasion de certaines personnes, mais aussi des limites de ce pouvoir.

Tout du long, on se demande comment les habitants de ce camp peuvent accepter de telles exactions, une telle vie, au sein du monde moderne. On essaie de comprendre, de trouver des excuses, mais pourtant rien ne justifie certains actes, certaines « punitions ». Sans parler des enfants qui naissent au sein de ces sectes fermées et qui grandissent sans éducation puisque « tout ce qu’il y a à savoir se trouve dans la Bible ».

Une chose est sûre, ce n’est pas le genre de livre qui me fera changer d’avis sur la religion, mais je l’ai trouvé très intéressant dans son traitement de la psychologie des personnages. Il fait froid dans le dos, car c’est vraiment difficile de comprendre lorsqu’on est pas très croyant, mais il a le mérite d’apporter un point de vue à tous. Tous les personnages sont traités, ont un cheminement, une personnalité, même vus à travers les yeux de Moonbeam.

Si je devais donner un avis bref, je dirais que ce n’est pas le genre de livre qui casse trois pattes à un canard, mais qu’il est important de lire au moins une fois, pour avoir une véritable idée (car c’est très très fortement inspiré d’une histoire vraie) de ce qui se passe au sein d’une secte moderne. Je l’ai trouvé vraiment intéressant et je pense le relire plus attentivement pour mettre le doigt sur certains aspects que j’ai manqués ! C’est un récit vraiment glaçant mais réaliste.