Tic, tac, le compte à rebours a commencé …

herbe gelée

Voilà, c’est fait. J’ai rempli mon dossier pour le renouvellement de ma panoplie de petite handicapée : RQTH, AAH et carte de priorité pour les transports en commun.

Et d’avance, j’angoisse.

J’angoisse parce que chaque renouvellement est une épreuve, une humiliation à subir. La dernière fois, le médecin-conseil m’avait insultée de simulatrice et m’avait laissée convulser par terre, prise par une crise de spasmophilie provoquée par la douleur, en me disant que je n’avais pas besoin d’exagérer.

Quand j’ai subi ça, il y a deux ans, je m’étais juré de ne jamais revenir. J’ai tout fait, tout ce temps, pour pouvoir déménager en province, dépendre d’une autre structure. Mais tout ne s’est pas passé comme prévu.

Mon homme est celui qui a le plus de chances d’être pris en postulant ailleurs, mais il déteste ça. A chaque fois c’est pareil, quand il repère une offre, il passe des heures à râler, pester sur son CV et sa lettre de motivation, et c’est moi qui finit par lui faire. Il ne fait aucun effort. Il a la flemme, déteste ça, surtout qu’en entretien ça se finit toujours mal vu qu’on ne veut pas le prendre à son salaire actuel alors qu’on lui demande plus de choses. Par mois, il gagne 50 euros de plus que le SMIC, alors qu’il devrait avoir le salaire et les primes d’un agent de maîtrise. Et ça l’énerve, ces entreprises qui veulent le beurre et l’argent du beurre. Sauf qu’aujourd’hui, toutes les entreprises sont comme ça.

Je ne pense pas qu’on puisse compter sur mon homme pour un déménagement. Il n’y met vraiment pas du sien pour les candidatures. C’est toujours moi qui regarde, moi qui fais les démarches, moi qui essaie de le motiver pour récolter des « fous moi la paix« . Il me dit qu’il veut partir, mais il ne fait rien pour.

Le problème c’est que moi, de mon côté, je n’ai aucune réponse à mes candidatures en province. Ce qui en soi n’est pas étonnant, je n’ai pas un profil attractif et les entreprises ont ce qu’il leur faut sur place.

Sauf qu’à ce rythme là, je n’y arriverai jamais, à déménager en province. A trouver un emploi ailleurs. J’ai repris un rythme soutenu de candidatures et je comprends pourquoi, à une époque, j’étais si découragée : il n’y a rien. Les offres intéressantes sont rares -parce que forcément pour déménager je cherche dans les CDI et CDD longue durée – et tout le monde se jette dessus.

J’ai une boule dans le ventre à l’idée d’être coincée ici, à l’idée de devoir revoir ce médecin-conseil et me faire humilier. J’en ai marre, de me faire humilier. J’en ai marre, de devoir dépendre d’une allocation pour avoir trois sous qui ne suffisent pas pour être indépendante, pour vivre décemment.

Je ne sais pas quoi faire. On ne peut pas déménager à l’aveuglette, sans travail pour au moins un de nous deux, mais le travail ne vient pas, ne mord pas à l’hameçon. Il me faudrait une sacrée chance pour être repérée par un recruteur. Et après avoir été repérée, encore me faudrait-il être prise, pouvoir faire face à l’entretien. Je postule en province mais je n’ai pas les moyens de me déplacer pour les entretiens, là aussi ça foire.

J’ai toujours sur le gril mon projet de site internet dédié à la naturopathie mais comme me dit mon homme : « Tu comptes gagner comment ta vie avec ça ? Parce que bon même si tu monétises ton site tout le monde a des bloqueurs maintenant ». Et… c’est vrai. Pour gagner ne serait-ce qu’un complément de revenu avec ça il faudrait brasser énormément de monde. Je ne sais pas comment en arriver là.

J’ai mis mon profil à jour sur les sites de recherche d’emploi, mais les seules offres que je reçois, ce sont des arnaques qui m’énervent encore plus, parce qu’elles visent des gens désespérés et vulnérables.

Je ne sais pas si c’est le blues de l’automne qui me frappe, mais voilà, je suis découragée, en ce moment. Rien ne me motive.

Et j’ai cette sourde angoisse, dans le ventre, à l’idée de revoir ce médecin. Je m’en rends malade. Sa voix nasillarde résonne dans mes oreilles, me balançant des insultes, des réflexions, des menaces. Je ne veux pas le revoir. Pitié, un miracle.

fleur

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Les états d’esprit du vendredi #15

Je reprends un peu cette semaine avec les états d’esprit, par Zenopia et ThePostman.

Fatigue : En ce moment j’ai du mal à dormir.

Humeur : Préoccupée

Estomac : Un jus de fruits.

Condition physique : J’ai mes règles, donc désastreuse.

Esprit : Se tourne vers l’avenir et ne voit pas grand chose.

Boulot : Aucune réponse à mes candidatures en province pour le moment. Je peaufine mon idée de blog naturopathie, car j’ai comme l’impression que mon salut viendra d’internet.

Culture : En ce moment je lis surtout des livres qui pourront m’être utiles pour mon blog.

Penser à : Faire quelques relances, même si on sait à quoi ça sert.

Avis perso : J’en ai marre de ces concours où il faut tagger 36 amis et 3 licornes pour gagner un pauvre bouquin format poche à 9 euros dans le commerce. Je ne participe même plus aux concours pour ça. Je sais que les marques ne sont pas Mère Thérésa, mais ma liste d’amis n’est pas une vitrine publicitaire.

Loulou -chat- : Ne vomit plus. Il semblerait qu’elle aille mieux, mais je n’ai pour le moment pas les moyens de la ramener chez le vétérinaire pour l’échographie de contrôle. Ces derniers temps tout ce que j’avais mis de côté pour elle est parti.

Message perso : Je sais que c’est facile à dire, le cul posé sur ma chaise, mais n’abandonne pas. Jamais.

Amitié : Rien de spécial.

Sorties : J’irais bien à un salon naturo mais faut payer le transport, etc, alors ce sera non.

Essentiel : Trouver des fonds, même si je dois me salir les mains.

Courses : Il faut que je me trouve une nouvelle boutique bio pour m’approvisionner en fruits et légumes frais.

Envie de : Pouvoir dire que j’ai fait quelque chose de ma vie et en être fière.

Musique : 

Photo : 

Aucune aujourd’hui, il fait trop sombre !

Mon handicap invisible, mon histoire : une fois adulte

Avec l’article précédent, je vous ai laissés avec une jeune adulte que son histoire a rendue profondément misanthrope, emprisonnée dans une haine sourde qui se déchaînait contre enfants et adultes. J’étais complètement inadaptée socialement, incapable de soutenir le regard des gens, incapable de tenir une longue conversation, fuyant les gens et faisant régulièrement des crises lorsque j’étais amenée à prendre les transports en commun ou à me retrouver dans une foule.

Pourtant, déjà à l’époque, je tenais un blog et j’étais capable d’exprimer des émotions qui dans la vraie vie restaient bien cachées. J’avais très peu de lecteurs et encore moins de personnes qui commentaient, mais lorsque des gens venaient s’exprimer, je n’étais pas capable de savoir s’ils m’encourageaient ou se moquaient de moi. J’étais parano, j’avais peur que mes anciens camarades découvrent que j’écrivais sur internet et je changeais très régulièrement de blog, effaçant mes traces à chaque fois.

Ce sont les jeux en ligne qui m’ont réappris à m’exprimer, et surtout à être moi-même. J’avais trouvé un groupe d’amis qui ne me jugeait pas et qui m’apportait la franchise dont j’avais besoin. Petit à petit, ma personnalité virtuelle, exubérante et pleine d’humour, dotée de toutes mes qualités refoulées, a rejoint ma personnalité réelle qui ne demandait qu’à s’exprimer.

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Kayane, pionnière de l’e-sport féminin

Ces jeux en ligne m’ont apporté l’aide qu’aucun psychologue ou médecin n’a été capable de m’apporter. C’est aussi pour cela que j’ai du mal lorsque je vois les médias se déchaîner contre les jeux vidéo en ne mettant en avant que le négatif, oubliant tout le côté social, salvateur qu’ils peuvent offrir aux personnes qui, comme moi, ont besoin d’un soutien qu’ils ne peuvent avoir dans la vraie vie.

Cependant, mon processus de guérison a mis du temps. Et du temps, la vie n’en accorde pas vraiment. Il faut vite rentrer dans le moule, vite aller travailler après les études, et c’est là que tout à commencé à merder.

Quand on est jeune, on nous dit de prendre le premier job venu pour se faire de l’expérience, qu’ensuite on pourra valoriser en postulant à des jobs plus qualifiés. Pourquoi pas. Sauf que les jobs étudiants étaient, pour la plupart, inadaptés à mon handicap : trop physiques, demandant une énergie ou une endurance que je ne pouvais pas fournir. J’ai tenté ma chance malgré tout, en cachant mon handicap, mais ça n’a jamais été concluant. Et j’avais aussi toujours mes règles qui me faisaient souffrir, sans savoir que j’avais l’endométriose. J’ai ainsi été virée d’un job d’hôtesse d’accueil, car si mes collègues féminines étaient compréhensives, le patron et le chef des RH, des hommes, m’ont vite dit que si je m’absentais pour quelque chose d’aussi insignifiant que mes règles ça n’allait pas le faire.

endométriose

En plus, j’étais obligée de cacher mon handicap puisque j’étais toujours en procédure avec la MDPH, qui était bien décidée à ne pas m’accorder le statut d’adulte handicapée. Je n’avais donc pas de RQTH. Tous les inconvénients sans les avantages, pour un patron. Sauf que quand tu n’arrives pas à trouver un job, peu importe la raison, tu te fais vite cataloguer cassos infoutue de trouver son premier emploi.

Ma mère a essayé de m’aider en me trouvant un job de babysitting. Si vous avez bien suivi, vous savez que j’avais (et j’ai encore aujourd’hui) une haine profonde des enfants. Ce n’était pas une bonne idée, je le lui ai dit, mais elle a balayé mes arguments en me disant qu’il fallait bien que je mette quelque chose sur mon CV et commence à gagner ma vie. Le père a bien vu que je n’étais absolument pas enthousiaste à l’idée de garder ses enfants, mais il m’a laissé ma chance. Je me suis retrouvée avec trois petites filles d’un coup. Trois petites emmerdeuses capricieuses, qui ont mis moins d’une heure à me faire péter un câble à changer d’avis comme de chemise et à être incapables de tenir en place. Lorsque l’une d’entre elles m’a insultée après que je lui ai demandé de finir son goûter, je lui ai collé une baffe et ma mère a fini par m’enfermer dans ma chambre pour s’occuper elle-même des gamines. Gamines qui avaient mis ma chambre à sac et cassé plusieurs de mes jouets. La petite giflée a immédiatement balancé à son père lors de son retour, et il ne me les a plus confiées. Ma mère m’a engueulée, mais a compris que les enfants et moi, ce n’était juste pas possible. Elle a tenté d’insister parfois, mais il est de ces métiers ou il faut soit une vocation, soit au minimum de la patience et de la douceur. Traumatisée par les enfants, par les gens en soi (après tout, ces enfants bourreaux sont devenus adultes), je ne possédais rien de tout ça.

enfant

J’ai ainsi commencé ma vie professionnelle en allant d’échec en échec, de refus en refus. Et puis Amazon m’a laissé ma chance. Ils ne savaient pas pour mon handicap, et le boulot était plutôt physique, mais j’ai quand même saisi l’occasion. Et je me suis mieux débrouillée que mes collègues valides. Cependant, j’étais saisonnière, et  je n’avais pas le permis. Ni mon ex, ni ma mère ne voulaient m’emmener à l’entrepôt. Je n’aurais donc pas pu continuer. Je reste malgré tout reconnaissante à Amazon, malgré leur cargaison de défauts, pour m’avoir laissé ma première chance et m’avoir encouragée.

Cependant, je ne parvenais pas à trouver de travail par la suite. J’étais face au phénomène que rencontrent beaucoup de gens : pas d’expérience, pas de travail, mais pas de travail, pas d’expérience. Et à cela se rajoutait une RQTH obtenue à feu et à sang mais qui me plombait plus qu’autre chose. Lorsque j’étais rappelée, c’était uniquement pour subir la curiosité malsaine des RH qui voulaient savoir ce que j’avais puis, une fois leur curiosité satisfaite, me dire que ça n’allait pas le faire. Mais que je la cache ou non, je n’étais jamais rappelée. C’est aussi un peu ce qui a provoqué ma rupture d’avec mon ex, car j’en avais un peu assez de ses insinuations et de celles de sa famille comme quoi je marchais dans les traces de ma mère, à vivre d’allocations sans travailler. Je cherchais bien plus que lui qui passait ses journées et ses nuits sur League of Legends !

Lorsque j’ai rompu, j’ai suivi mon nouveau compagnon sur Paris, où je pensais naïvement trouver plus facilement du travail que dans ma province. Effectivement, au début j’ai eu plus d’entretiens, mais qui n’ont jamais donné suite. Je ne décrochais que de petits contrats d’une ou deux semaines, qui même cumulés ne m’apportaient rien, et au contraire me coûtaient de l’argent.

L’AAH calculée en fonction des revenus du foyer

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Car en effet, j’ai découvert les joies de l’AAH calculée en fonction des revenus du conjoint. Lui et moi ne sommes pas mariés, ni même pacsés, mais son SMIC vaut à mon AAH d’être tellement rognée que ça en devient ridicule.

On ne parle pas ici d’un couple dont le mari gagne des mille et des cent : on parle d’un smicard. D’un couple qui vit à deux sur un SMIC, à Paris. PARIS.

J’ai ainsi pu découvrir la dépendance : car oui, avec une AAH rognée, dans une ville aussi chère, je ne suis plus capable de subvenir à tous mes besoins. J’ai été régulièrement obligée de faire l’impasse sur ma santé afin de pouvoir régler mes frais et mon transport, puisque n’ayant pas 80% de handicap, je ne peux pas bénéficier de la gratuité ou d’une réduction du prix du Navigo. Je passe après les 80% et il ne reste pas forcément de place pour obtenir une Améthyste.

Et sincèrement, je trouve cela honteux. Honteux de propulser une personne vulnérable dans la dépendance, tout ça parce que son compagnon gagne trois sous, alors qu’on accorde aux plus riches des largesses dont on n’oserait pas rêver même si on bossait tous les deux à temps plein. Des cadeaux fiscaux d’un montant supérieur à ce qu’on gagnera dans toute notre vie de smicards.

La dépendance, dans un couple, ça peut donner lieu à du chantage, à des menaces, à des insultes. Ca vous rabaisse au rang de parasite qui vient vampiriser le peu de sous de votre pauvre compagnon qui doit supporter votre maladie et en plus doit vous supporter financièrement. Vous êtes la victime, on vous considère comme le bourreau. On vous culpabilise. On vous stigmatise. On vous insulte, car oui, il y en a qui se permettent cette familiarité.

Les pratiques de la MDPH 

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Ce qui m’a choquée, aussi, ce sont les réflexions et l’attitude du médecin-conseil de la MDPH.

La MDPH, ce sont des gens qui sont censés nous aider. Ce sont des gens qui travaillent grâce aux personnes handicapées, pour les personnes handicapées. On en attend donc un minimum de support.

Mais c’est sans compter sur la nature humaine, qui dès qu’elle a un peu de pouvoir en abuse allègrement.

Ce médecin-conseil, il est méprisant à en crever. Ca dégouline de partout. A CHAQUE fois que je le vois, il me fait les mêmes réflexions : « Il serait temps de vous mettre au travail« , « Je pense que je vais vous retirer l’AAH pour vous encourager à aller travailler« , « Oh ça ne va pas ça, vous êtes au chômage« .

Tout dans la culpabilisation, tout pour me dire indirectement que je suis un gros parasite, sans aucunement tenir compte de mes preuves de recherche d’emploi (parce qu’en plus il faut se justifier, oui oui), de mes capacités ou quoi que ce soit.

Le gars, il me voit 10 minutes tous les deux ans, et il me sort « Je vous verrais bien dans la comptabilité, vous devriez vous former, je vais écrire ça sur votre fiche« . Sauf que si on me connaît un minimum on sait que les chiffres et moi ça fait 500, et qu’en plus j’ai déjà essayé de décrocher une formation en comptabilité, via le GRETA : j’ai été refusée car… je n’avais pas d’expérience en comptabilité et donc j’avais eu de mauvais résultats aux tests. Maintenant, pour décrocher une formation, il faut être déjà formé ! Et en plus ma conseillère m’avait refusé le financement, donc ça réglait le problème. Bah oui, c’est beau de dire à quelqu’un qu’il faut se former, mais encore faut-il lui en donner les moyens.

Bref, le médecin-conseil, c’est un type qui ne me connaît pas, doit juger mon handicap alors qu’il ne m’écoute pas, se sent obligé de jouer les paternalistes avec des conseils à la con pour ma recherche d’emploi alors que MERDE JE LUI DIS QUE JE CHERCHE ET JE LUI DIS QUE J’AI DÉJÀ ESSAYE CE QU’IL ME DIT, et en plus se braque quand je soupire, exaspérée, et que j’essaie de lui expliquer qu’il ne m’apprend rien. J’ai un cerveau, j’ai déjà essayé beaucoup de choses au cours de ma recherche d’emploi, j’ai même postulé à des jobs de merde, pourvu que je puisse les tenir physiquement, et ça ne m’a pas servi. Alors les conseils, médecin ou non, bah au bout d’un moment les gens peuvent se les garder. Je veux des actions, pas des mots.

Le médecin-conseil, c’est aussi le type qui, alors que je faisais une crise de spasmophilie particulièrement violente à cause de la douleur de mes règles, m’a laissée convulser par terre en me disant que je n’avais pas besoin de faire la comédie.

Le mépris. La culpabilisation. Les réflexions odieuses. La malveillance.  C’est ça que je récolte, à la MDPH de mon département. Alors que d’une boîte qui travaille avec des personnes handicapées, on pourrait s’attendre à plus de bienveillance et de compréhension. J’imagine que comme il y a de l’argent en jeu, avec les prestations telles que l’AAH ou la compensation du handicap, toute bienveillance disparaît au profit des économies, toujours bonnes à faire, sur le dos de personnes qui en ont besoin mais qu’on juge, lors d’un entretien de 10 minutes pendant lesquelles on ne les écoute pas, aptes à vivre sans.

Des refus systématiques de prêt ou de financement 

Sphère Financement

Quand on est valide, on a parfois du mal à décrocher un prêt ou un financement, pour une formation, une maison, ou que ne sais-je.

Quand on a un handicap, c’est encore pire. Les refus c’est systématique. Une maladie comme la mienne, c’est le spectre d’une mort jeune au dessus de la tête. Ma maladie est voisine de la mucoviscidose. Ces gens ne vivent pas vieux. Vous vous souvenez de Grégory Lemarchal, le chanteur ? Qu’est-ce qu’on a pu me rabattre les oreilles avec lui. Quand je parle de ma maladie, on me parle de lui. Ce n’est pas la même chose (le médecin-conseil me le rappelle souvent, histoire de minimiser ma maladie) mais il y a un lien, le raccourci est rapide, et du coup forcément, pour les banques, pour les investisseurs, ça ne vaut pas le coup de parier sur quelqu’un qui peut mourir précocement sans avoir eu le temps de rembourser sa dette. Impossible d’obtenir quoi que ce soit d’une banque.

Mais impossible également d’obtenir quoi que ce soit de ces organismes censés aider les chômeurs, comme Pôle Emploi. Ou même l’Agefiph, censée appuyer les projets des personnes handicapées et qui ont aussi refuser de me financer. Trois fois, dont une pour laquelle je n’ai carrément jamais eu de réponse.

Moi, je veux bien obéir aux injonctions de la société, pour me former notamment, mais se former ça a un coût, et si vous avez bien lu l’article, vous savez qu’avec une AAH rognée, dépendante du bon-vouloir de mon conjoint qui ne peut pas tout assumer, eh bien je ne peux pas faire de miracle.

Mes études de naturopathie de cette année, j’ai pu les entreprendre grâce au système de financement participatif et à la générosité des gens. Les organismes censés m’aider m’ont tous fermé leurs portes. On demande aux chômeurs et aux handicapés de se sortir les doigts du popotin, sauf que l’argent est le nerf de la guerre et que c’est là que le bât blesse. Les organismes d’aide sont radins, peu enclins à financer, encore moins en cas de handicap.

Des moutons à 5 pattes 

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Dans ma recherche d’emploi, lorsque je croise des employeurs qui veulent augmenter leur quota de personnel handicapé, je constate une chose : c’est le mouton à 5 pattes, qu’ils cherchent.

Ils veulent des handicapés sans handicap. Ils veulent toucher les subventions sans perdre un seul euro en aménagement ou en perte de productivité.

Je me souviens nettement d’un employeur pour qui une chaise était déjà trop demander en guise d’aménagement. UNE CHAISE. Pour pouvoir m’asseoir, car je ne tiens pas la station debout bien longtemps. Il ne voulait pas, car selon lui c’était injuste pour les collègues qui eux ne pouvaient pas s’asseoir. Et puis après tout, j’étais venue à l’entretien à pied, alors ça veut dire que je peux marcher toute la journée.

Il y a une incompréhension magistrale du handicap invisible. Les notions de fatigabilité, fatigue chronique, problèmes respiratoires ou douleurs invisibles ont l’air trop compliquées à appréhender.

Tu as l’endométriose ? Oh mais ce n’est rien ça, si tu as mal pendant tes règles tu mets une bouillotte et c’est bon. Comment dire… non, ce n’est pas bon. Comment ça tu es fatiguée même en dehors des règles ? Tu ne serais pas une petite nature ?

Tu as la mucoviscidose ? Comment ça on ne peut plus fumer ? Ben tu fermes la fenêtre et tu vas ailleurs et c’est tout. Comment ça tu es fatiguée parce que tu as trop toussé ? Ben arrête de tousser, prend du sirop.

Mon ancienne cheffe fumait dans les locaux, était persuadée que mes demandes pour qu’elle arrête c’était de la comédie et s’amusait à venir fumer dans mon bureau, souffler la fumée vers moi, ou alors avant mon arrivée (elle commençait une heure avant moi) elle fumait dans mon bureau. Je toussais sans arrêt, j’avais les yeux explosés, je peinais à respirer, et ça l’amusait. Et on lui excusait tout parce qu’elle aussi avait un handicap, elle était trisomique. Au nom d’un autre handicap, on me demandait de « faire des sacrifices » sur ma santé alors que pour cohabiter il aurait simplement fallu qu’elle bouge son gros cul pour aller fumer en bas, hors de l’immeuble, avec les autres. J’ai décidé de préserver ma santé, je suis partie, et j’ai été jugée de toutes parts comme quoi je cherchais mon chômage, qu’il ne fallait pas exagérer, la clope c’est rien. C’est tellement rien que le tabagisme passif fait des milliers de morts chaque année. Bref.

Et aujourd’hui ? 

Aujourd’hui, je n’ai pas beaucoup avancé. J’aimerais me lancer dans un blog spécialisé dans la naturopathie et tenter de gagner un complément de revenu avec, mais ça demande de l’investissement, que je ne peux pas faire pour le moment. Et ça m’embête de devoir repasser par la case financement participatif, car j’estime avoir été assez aidée comme ça. Merde, ça ne devrait pas être toujours aux mêmes de mettre la main au portefeuille. Car je sais que parmi les gens qui m’ont aidée, il y a des gens qui galèrent également.

J’ai épuisé depuis longtemps mon vivier d’entreprises dans mon secteur, et le scénario idéal, ce serait de pouvoir trouver un emploi, pour moi ou pour mon homme, en province. La vie y serait moins chère, et pour moi, ça ne pourrait qu’améliorer ma santé avec un air moins pollué (bon, c’est selon l’endroit aussi). Je pourrais avoir un nouveau vivier d’entreprises, et on pourrait respirer, financièrement parlant.

Mais trouver un job n’est pas simple, même pour mon homme qui a plusieurs années d’expérience en tant qu’adjoint chef de secteur (et même chef, puisqu’il remplace régulièrement son supérieur). Alors pour moi qui n’ai pas un CV attractif, vous pensez bien que niveau réponses, c’est le zéro pointé. On cherche, on cherche, on répond aux offres, mais tant que nous n’avons pas de résultats, nous ne pouvons pas partir.

Pourquoi avoir écrit ces articles ?

Depuis longtemps, j’ai envie de parler du handicap invisible. J’ai beaucoup repoussé le moment où je publierais mon histoire, car je n’ai pas envie que ce soit interprété comme une envie de faire pleurer dans les chaumières, mais je trouve qu’il est important de parler.

Mon histoire est particulière, mais les difficultés liées au handicap invisible, les réflexions, la malveillance, elles, sont communes à tous les gens qui sont dans mon cas. Certains reçoivent plus de soutien que d’autres (on ne choisit pas sa famille après tout), mais ça reste difficile. Les mentalités restent à changer (oui oui je pense à toi, la personne qui a le doute et la haine dans ton regard lorsqu’on présente notre carte de priorité dans les transports en commun ou à la caisse du supermarché, pour que tu cèdes ta place), et malgré les mesures du gouvernement pour l’embauche de personnel handicapé, nous avons les mêmes difficultés que les autres : la recherche du mouton à 5 pattes. Sauf qu’il faut se mettre dans la tête qu’un handicap invisible n’est pas anodin pour autant et qu’un aménagement ce n’est pas facultatif. Si un handicapé demande un aménagement, c’est parce qu’il en a besoin, pas parce que c’est un emmerdeur.

J’ai conscience que mes articles sont décousus, mais ils sont sortis tels quels, depuis le temps que j’avais envie d’en parler, voilà, c’est fait. Je ne pense pas que ça changera grand chose, mais j’ai fait ma part du colibri, j’ai parlé, j’ai raconté ma vie, vocation première de ce blog.

Aujourd’hui je ne suis pas parfaite, j’ai gardé ma haine des enfants, une certaine misanthropie, une méfiance innée. Mais je suis aussi bosseuse, capable de faire tomber mes barrières quand j’ai confiance, déterminée. Et je suis courageuse aussi, parce que même si j’ai voulu en finir à une époque, aujourd’hui je suis toujours là, j’ai traversé tout ça, et j’ai même réussi au moins un aspect dans ma vie : j’ai trouvé l’amour, malgré les pronostics des petits cons du collège. J’ai des défauts mais aussi beaucoup de qualités. Il faut juste gratter un peu la couche de glace pour les découvrir.

Je ne peux clairement pas bosser n’importe où, mais n’exagérons rien, beaucoup de postes me sont accessibles pour peu qu’on me laisse m’asseoir, qu’on ne fume pas à proximité, qu’on me laisse m’hydrater et accéder aux toilettes. Et qu’on ne me fasse pas garder des enfants. Ce n’est pas méchant comme aménagement non plus, je prends beaucoup sur moi pour supporter mes douleurs ou mes difficultés respiratoires sans broncher (haha best jeu de mots ever).

Bref. C’est dit. Plus qu’à cliquer sur publier. Et espérer que le message passe. Je suis handicapée, mais je suis forte et capable. Nous les sommes tous. Voilà.

Mon handicap invisible, mon histoire : enfance et adolescence

handicap invisible

Si vous me connaissez depuis un certain temps, vous savez que je vis avec un handicap invisible. Deux, dans les faits (DCP, une maladie voisine de la mucoviscidose, et l’endométriose), mais quand j’étais enfant, puis ado, je ne savais pas encore que j’avais l’endométriose et je me contentais de souffrir sans savoir pourquoi.

J’ai décidé de diviser cet article en deux, l’un qui parlera de mon enfance avec le handicap et l’autre de l’âge adulte, car le ressenti n’est évidemment pas du tout le même. Ma mère a encaissé pour moi une grosse partie des humiliations et des tentatives d’intimidation, que malheureusement je peux subir aujourd’hui. Le plus difficile, quand on est enfant, ce sont les autres. Et par cet article, qui j’espère sera lu par des mamans, j’ai envie d’expliquer à quel point l’éducation est importante, à quel point il est important de faire comprendre à ses enfants qu’un camarade handicapé n’est pas un monstre. Il est juste différent, ça ne veut pas dire qu’il faut le fuir et l’insulter.

On dit que l’Enfer, c’est les autres. Dans mon cas, c’est vrai. Le handicap, gamine, je vivais avec comme je pouvais, mais en soi je ne dérangeais pas grand monde. Mais certains se sont sentis obligés de m’envoyer ma différence en pleine gueule, y compris des adultes censés me protéger ou m’épauler.

J’ai déjà vaguement parlé du directeur de mon école primaire, qui était un fieffé connard, jaloux des « surdoués », qui s’amusait à falsifier les dictées ou les calculs pour créer des fautes là où il n’y en avait pas juste pour coller des sales notes aux bons élèves (dont je faisais partie). J’ai moins parlé de son harcèlement vis à vis de mon handicap.

Il le minimisait sans arrêt et surtout, il ne tenait pas compte des avis médicaux : j’étais dispensée de sport, mais il me menaçait pour que je participe quand même aux cours d’EPS, dans lesquels je n’avais rien à faire. Handicapée respiratoire, il m’obligeait à courir pour m’échauffer, pour ensuite pratiquer des sports comme le foot ou le basket, dans lesquels il faut encore courir et posséder une endurance que je n’avais pas. Ma mère me disait de ne pas céder, mais il n’hésitait pas à faire preuve de violence, en m’attrapant par la peau du cou pour me jeter sur le terrain ou en encourageant mes camarades à le faire. Et déjà que mes camarades me harcelaient, vous pensez bien qu’avec la bénédiction du directeur de l’établissement ils s’en donnaient à cœur joie.

« Tu tiens sur des deux jambes, tu peux courir », c’était son mantra. Mon handicap, il était à l’intérieur et ne se voyait en rien.

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En dernière année, je me souviens encore d’un moment où j’étais malade à en crever et qu’il m’a obligée à préparer mon cheval puis à monter alors que je tremblais de douleur.

« Tu n’as rien, c’est de la comédie ». Il aurait fallu que je m’écroule en sang pour qu’il me laisse tranquille, et encore.

Avec ce directeur nous étions deux à morfler régulièrement. Deux filles. Il ne s’en prenait jamais aux garçons, qu’ils soient turbulents ou intellos.

Au début, certains professeurs essayaient de me protéger, de le convaincre de me laisser tranquille, mais il ne les écoutait pas, et lorsqu’il a menacé une institutrice de renvoi si elle continuait de le contredire, je n’ai plus eu aucun allié parmi les adultes.

Ma mère a essayé de me changer d’établissement, mais les écoles privées me refusaient à cause de l’absence de revenus de ma mère et les écoles publiques me disaient que j’avais une école à proximité donc non. J’ai donc subi ça jusqu’au bout.

Au collège, comme j’étais dans un établissement loin de chez moi, il me fallait une certaine organisation pour réussir à caler la kiné quotidienne en plus d’un emploi du temps assez chargé. Mais ma mère s’est vite aperçue que j’étais épuisée entre le trajet et les journées très longues.

Elle a donc fait jouer mon handicap pour enlever certains cours qui n’étaient pas indispensables de mon emploi du temps, comme la vie scolaire, la musique et les arts plastiques, pour y caler de la kiné à la place.

Mon emploi du temps était certes plus léger, mais cet aménagement m’a vite attiré la haine de mes camarades, qui ne comprenaient pas pourquoi ils étaient obligés de se coltiner ces cours-là et pas moi. Pour eux mon handicap n’était pas grave, puisqu’il ne se voyait pas, alors pourquoi est-ce que j’avais « tous ces privilèges » ? J’ai essayé de leur expliquer, mais ils ne voulaient rien entendre, ils s’en fichaient un peu. A cet âge-là on aime bien malmener les autres, et j’étais la victime idéale. Donc mes explications n’ont eu aucun écho et j’ai payé chaque cours manqué, au point de supplier ma mère de me laisser reprendre un emploi du temps normal. Mais elle n’a pas voulu céder, partant du principe que le harcèlement finirait une fois au lycée, donc en attendant je n’avais qu’à encaisser.

En plus de ça il faut savoir que tous les mois, à cause de mes règles (premières règles à 10 ans), je me retrouvais à l’infirmerie à pleurer toutes les larmes de mon corps tant j’avais mal. A l’époque on ne parlait pas d’endométriose, mais pour mes camarades filles qui étaient réglées elles aussi, je faisais ma chochotte juste pour ne pas aller en cours. Ce qui me valait encore des insultes et des réflexions comme quoi je profitais de mon handicap pour sécher les cours.

Lorsque j’ai commencé à me défendre physiquement, épuisée par le harcèlement, avec une haine sourde qui grandissait en moi, dans un premier temps les autres m’ont attaquée à plusieurs, puis ont adopté une méthode plus insidieuse, m’insultant régulièrement, me renvoyant à ma différence, me disant que personne ne voudrait jamais être mon mari et plombant tous mes rêves. Ce fut le plus dur à supporter. Les coups s’encaissent, les insultes sont plus difficiles. Ils me disaient de mourir car je ne servais à rien, que j’étais un poids, que je ne serai jamais aimée.

J’ai fait ma première tentative de suicide en troisième. En avalant des médicaments. Ce n’est pas ce qui manquait chez moi, et j’avais lu qu’avec de l’alcool ça me tuerait. Mais il n’y avait pas d’alcool « fort » à la maison et la sangria de ma mère n’a pas suffi. Je me suis retrouvée à l’hôpital. Le personnel a été adorable avec moi et le médecin qui me suivait avait même parlé à la directrice du collège pour expliquer ce qui s’était passé. La directrice en a parlé en cours… et au lieu de se sentir coupables, mes camarades en ont tiré fierté et quand je suis revenue, on m’a dit que j’étais nulle car je m’étais loupée.

Au lycée, j’ai mis la pression à ma mère pour qu’elle me laisse aller dans un établissement qui n’était pas très coté, mais dans lequel je savais que mes camarades de collège ne seraient pas. J’espérais laver mon nom, me refaire une santé mentale, et être tranquille jusqu’au bac. Je ne demandais pas des amis, juste la paix. Je n’ai parlé à personne de mon handicap, seuls les professeurs étaient au courant pour surveiller si j’avais un problème.

Mais je me suis retrouvée dans une classe de gros débiles, et il faut croire que l’étiquette de victime me collait à la peau, car je me suis retrouvée une fois de plus tête de turc et forcément, je m’isolais. Cette classe était vraiment d’une rare stupidité, je me demandais comment ils s’étaient retrouvés là, tous. D’ailleurs, seule une autre camarade est passée en première, les autres se sont tous réorientés. Sur une classe de plus de 30. Mon professeur principal a cru que je m’isolais à cause de mon handicap et a profité d’une hospitalisation pour faire un discours devant mes camarades comme quoi ils ne devaient pas me rejeter pour ça.

Quand je suis revenue… ma classe et de parfaits inconnus m’interpellaient en gueulant « Eh la trisomique, tu sais compter ? » « Eh la trisomique, tu fais quoi au lycée, tu devrais être en hôpital psy !« . Ils avaient répandu la rumeur comme quoi j’étais trisomique, ce qui m’a valu de nombreuses insultes sur mon physique (évidemment), sur mes capacités mentales, et de me faire chahuter. Les violences physiques n’étaient pas celles du collège, mais une chute dans les escaliers, ça fait rarement du bien. Je ne pouvais pas faire un pas sans me faire insulter. J’avais une amie d’une autre classe qui restait avec moi envers et contre tout (étrangement, je l’avais connue grâce à une fille de ma classe qui voulait nous monter l’une contre l’autre). Son amitié n’a hélas pas suffi, j’étais à bout, et en seconde, j’ai fait une deuxième tentative de suicide. Encore en avalant des médicaments. Je voulais m’ouvrir les veines, mais je n’en ai pas eu le courage. J’ai été sauvée par le même médecin que la première fois, qui ne savait pas quoi faire pour moi. Je voyais bien qu’il était attristé par mon cas, mais il ne pouvait rien faire. Et moi non plus. Dans ces moments-là on ne peut pas dire grand chose. Ma mère réagissait en m’engueulant, comme quoi je ne devait pas me laisser atteindre, mais quand le harcèlement est continu, tout ça pour un handicap auquel vous ne pouvez rien, que vous n’avez pas demandé, que voulez-vous faire ? J’avais en plus la pression de ma mère à la maison, qui me faisait étudier jusqu’à plus soif, en me disant que je n’aurai que ça pour m’en sortir dans la vie.

Le handicap me pesait de plus en plus, j’ai commencé à avoir de monstrueux trous de mémoire, j’en parlais vaguement ici. Des absences qui sont encore présentes aujourd’hui, je suis capable d’oublier des choses auxquelles j’ai pensé deux minutes avant. J’ai du mal à retenir certaines choses. Paradoxalement, j’ai une très bonne mémoire, mais tout ce qui touche au handicap, à la maladie, ou à quelque chose qui me contrarie, je vais l’oublier aussitôt. Comme si mon esprit ne supportait plus la moindre difficulté.

Le harcèlement s’est calmé lorsque les élèves de ma classe de seconde ont quitté l’établissement. Certains élèves se souvenaient de moi et balançaient une pique de temps à autre, mais j’avais appris à me faire très discrète, à me glisser dans les couloirs sans bruit, à prendre des passages moins fréquentés pour arriver en classe. De toute façon, j’étais comme anesthésiée : tout ça ne me faisait plus rien. Quelque chose s’est cassé, en moi, à l’école. Les remarques, les insultes, tout glissait sur moi. Mes émotions se sont endormies. Comme si j’étais devenue hypo-sensible. Je ne ressentais rien. Mais j’étais mieux comme ça, alors je n’ai rien dit, et j’ai continué à encaisser. C’est à peine si je faisais attention aux gens, y compris à ma propre mère. Je n’étais pas dans une bulle, j’étais carrément la bulle. Aujourd’hui, je suis encore comme ça. Bien moins touchée que la moyenne par les contrariétés du quotidien. Ces dernières années, mes émotions se sont un peu réveillées, grâce à mon homme, mais je reste très en dessous de la moyenne en termes de sensibilité.

Et en écrivant cet article, je me rends compte que ce sont les autres qui m’ont fait mal vivre mon handicap. En soi, il n’était pas insupportable si j’étais prise en charge correctement : j’étais souvent malade, j’avais de la fatigue chronique et un besoin de kiné, mais voilà, ça se passait bien en soi, et ça ne dérangeait personne. Pourtant des gens se sont sentis obligés de me faire vivre ça comme si c’était la fin du monde, comme si c’était quelque chose qui me rendait différente au point de me pousser au suicide… c’est juste n’importe quoi.

handicap invisible 3

*****

Mais quelqu’un d’autre a subi mon handicap de plein fouet : ma mère. Étant donné que mon père n’a jamais assumé quoi que ce soit ni versé quoi que ce soit, c’est elle qui devait tout faire : les démarches, s’occuper de moi, les rendez-vous (qui étaient nombreux à l’époque, ma santé a mis des années à se stabiliser). Et à côté, elle subissait la pression de ce qui était encore l’ANPE parce qu’elle ne travaillait pas. Elle avait beau dire qu’elle ne pouvait pas tout faire, car sans le vouloir je lui prenait énormément de temps, elle continuait de subir les insinuations et les pressions des conseillers. Bah oui, seule avec un enfant handicapé, elle ne pouvait pas travailler, mon dieu c’est honteux ma bonne dame.

Elle a essayé, parfois, d’accepter quelques contrats précaires pour montrer sa bonne foi, mais ça n’a jamais été concluant : je ne le faisais pas exprès, mais j’étais souvent malade, et évidemment je l’étais pendant ses heures de travail et l’école l’appelait pour qu’elle vienne me chercher, ne voulant pas me garder. Et si elle ne venait pas rapidement, l’école m’expédiait à l’hôpital, ce qui entraînait des démarches… elle a donc essayé pendant un temps, mais comme ma santé ne se stabilisait pas, elle a laissé tomber. Cependant, la pression était toujours là, de la famille (ils n’avaient aucune idée du temps que prenait mon handicap mais ne se gênaient pas pour balancer des réflexions) comme de la société.

Elle subissait aussi les entretiens avec la MDPH, car chaque tentative pour obtenir ou faire renouveler mon allocation enfant handicapé était une véritable épreuve. Elle me disait que ces gens étaient payés pour refuser le plus de dossiers possibles, et à l’époque j’avais du mal à le croire, mais aujourd’hui je valide entièrement ! Et que ça minimise ton handicap, et que ça t’attaque sur ton chômage, et que ça te dit que maintenant que je suis « grande » je peux me débrouiller (ah quand je fais une surinfection grande ou pas, non je ne peux pas me débrouiller, je suis K.O.).

Mon premier entretien, je l’ai subi à 19 ans. Ou 20, je ne sais plus. J’étais passée dans la catégorie adulte et donc, évidemment, la MDPH en avait profité pour me couper les vivres. Couper les vivres à une personne handicapée c’est un peu comme dire qu’elle est guérie, alors que je ne l’étais pas du tout. Je devais donc faire appel de la décision et subir un entretien face au conseil. J’avais même dû prendre une avocate, comme si j’étais une vulgaire criminelle. Je m’étais retrouvée ainsi face à 5 personnes. J’étais réservée et timide comme ce n’est pas permis, j’en tremblais, mais je ne pouvais pas fuir. Avant la séance, j’en avais même vomi en plein dans le couloir. Tout du long de la séance, ils ont essayé de me faire dire que je n’étais pas si malade que ça, ils m’ont dit qu’avec ma licence d’anglais je trouverai facilement du travail (et déjà à l’époque, n’importe qui de censé savait très bien que les études de langues ne menaient à rien, c’était de la mauvaise foi). C’est à peine si je pouvais en placer une, ils ne me laissaient pas protester devant leurs affirmations honteuses, ils ne me laissaient pas rétablir la vérité, rien. Ma mère n’a rien pu dire, et l’avocate n’a pu placer que quelques phrases, aussitôt balayées. Cette fois-là, mon cas avait encore été rejeté. J’avais dû me perdre en procédures pour enfin avoir gain de cause, mais pour mes études c’était trop tard, j’avais dû prendre une branche bateau puisque je n’avais pas l’argent pour partir étudier ailleurs. La bourse ne suffisait pas pour vivre.

Et dire que ma mère a subi ces entretiens à la MDPH pendant toutes ces années. Années pendant lesquelles elle a sacrifié sa carrière, sa vie personnelle pour moi, pendant qu’on lui disait qu’elle n’était qu’un vulgaire parasite parce que oh mon dieu, elle ne travaillait pas. Mais s’occuper d’un enfant handicapé, seul, c’est un boulot à plein temps ! Boulot qui n’a jamais été reconnu, puisqu’on lui a toujours refusé l’affiliation à l’assurance vieillesse, qui lui aurait permis de toucher un petit quelque chose pour avoir tant sacrifié. Mais non. On lui refuse. Triple punition : pas de vie professionnelle, pas de vie personnelle, pas de reconnaissance. Tout ça pour rien ! Comme si on avait pas assez subi !

Et bien évidemment, quand tu as un trou de 20 ans dans le CV, retrouver quelque chose une fois que l’oiseau a quitté le nid, c’est impossible. Mais là encore, elle a dû subir les réflexions de tous ces gens qui se sentent obligés d’ouvrir la bouche alors qu’ils ne connaissent ni la personne, ni la situation, ils ne voient que le chômage.

larmes

C’est beau, la France.

EDIT : le deuxième article est ici du coup !

Erick de Briovère, quand les normands tentaient de s’installer chez nous

Erick de Briovère

Erick de Briovère est un livre que j’ai reçu dans le cadre de la Masse Critique Littératures. Il m’a immédiatement intéressée, déjà car j’aime beaucoup les romans ayant un cadre historique, et ensuite car je suis proche de la culture nordique. Je ne pouvais que le cocher parmi mes choix !

Quatrième de couverture : 

Erick de Briovère nous fait découvrir l’arrivée perturbée et perturbante d’une famille de Norvégiens, en l’an 890 de notre ère, dans la région de Briovère, l’actuelle ville de Saint-Lô. Au fil des pages, le lecteur découvre l’épisode de la célèbre bataille de Briovère, les rencontres, les espoirs, les déceptions, les premiers émois du jeune Erick, héros attachant partagé entre sa Norvège natale et l’attrait de notre si belle région.

Des fjords norvégiens aux rivages manchois, Jean-Claude Boscher souhaite à ses lecteurs un bon voyage dans le temps et l’espace : une nouvelle manière de ressuciter les émotions et le dépaysement ressentis par les premiers Normands des rives de la Ver, plus connue aujourd’hui comme la Vire !

Mon avis sur ce roman : 

Une chose est sûre, l’attachement de l’auteur envers sa ville se ressent beaucoup ! Ce qui peut se comprendre, Saint-Lô m’ayant laissé un bon souvenir il y a quelques années de cela. Je n’étais cependant pas du tout au courant que la ville s’appelait autrefois Briovère et qu’une célèbre bataille contre les envahisseurs y avait eu lieu !

La série télévisée Vikings nous a donné un vague aperçu de l’arrivée des nordiques sur nos terres, mais principalement par le biais de la conquête et du pillage : tout l’aspect commercial a été négligé, ainsi que les nombreuses tentatives de colonisation de nordiques avides de terres moins froides et plus productives. L’auteur le met d’ailleurs bien en avant dans son roman, en nous parlant de nuits longues, de terres gelées la majeure partie de l’année et de récoltes difficiles.

Ce qui m’a le plus marquée dans ce roman, c’est qu’avec le temps, l’attitude des gens, leurs peurs, leur manière de penser ne change absolument pas. Lorsqu’Erick et sa famille ont eu la chance de voir leurs champs épargnés par un violent orage, est-on content pour eux ? Non, on les jalouse, on les accuse de sorcellerie, de toute façon ce sont des étrangers. Quoi qu’ils disent, quoi qu’ils fassent, si gentils soient-ils, ils ne sont pas acceptés, rien n’est assez bien.

Aujourd’hui, si un migrant a la chance de recevoir quelque chose pour démarrer une nouvelle vie, on ne va pas être content pour lui, on va le jalouser, l’accuser d’être un voleur. Quoi qu’il dise, quoi qu’il fasse, rien ne sera jamais assez bien. S’il ne travaille pas ce sera un profiteur, s’il travaille il vole l’emploi des locaux. On n’accuse plus les étrangers de sorcellerie aujourd’hui, mais leur sort n’est pas plus enviable que plus de 1000 ans auparavant !

S’il y a un problème, c’est l’étranger que l’on va pointer du doigt ! D’autant plus lorsque d’autres Norvégiens arrivent, mais avec des intentions de pillage, pas d’installation. C’est forcément de la faute de la famille d’Erick, ils sont complices…

L’intégration d’Erick n’est clairement pas de tout repos tant les gens y mettent de mauvaise volonté. Et ce, bien qu’il n’ait aucune intention belliqueuse ou mauvaise ! Le contexte historique est respecté, et surtout, les réactions des gens sont respectées : je n’aurais pas aimé lire un roman qui donne l’impression que les colonies nordiques se sont installées sans aucune résistance des locaux. Dans certains endroits, des familles entières de colons pacifiques ont été complètement décimées tant les superstitions ou le rejet ont la vie dure.

L’auteur nous laisse même, à la fin du roman, ses sources historiques qui lui ont servi pour écrire son livre, et c’est quelque chose que j’ai beaucoup apprécié. On a même droit à quelques photos !

Je suis plutôt satisfaite de ma pioche avec ce petit roman, qui aborde un aspect souvent négligé de l’histoire nordique et le met en commun avec notre histoire à nous. Beaucoup de normands ont du sang nordique ! Il permet aussi de réfléchir à ce que nous entendons au sujet des migrants : en regardant plus loin dans l’Histoire, on s’aperçoit que ce sont toujours les mêmes craintes, toujours les mêmes réactions. L’humain a une étonnante capacité à se répéter !

saint lô.jpg

Et moi maintenant, j’ai envie de retourner visiter Saint-Lô ! 😥

Les états d’esprit du vendredi #14

La semaine est passée à la vitesse d’un escargot endormi, mais nous sommes enfin vendredi, jour des états d’esprit, avec Zenopia et ThePostman.

Début : 10h52

Fatigue : J’ai un peu de mal à émerger le matin en ce moment. La soudaine fraîcheur m’anesthésie et je suis bien sous ma couette.

Humeur : Stressée. Je suis toujours dans l’attente, et j’en ai marre.

Estomac : Un petit roiboos.

Condition physique : J’ai des courbatures, je ne sais pas trop d’où elles viennent. Et des aigreurs d’estomac, sûrement dues au stress.

Esprit : Obnubilé par mes résultats d’examen.

Boulot : J’ai commencé la journée avec un appel d’une recruteuse, qui était enthousiasmée par mon profil et me proposait un poste à Bordeaux. Elle voulait que je déménage rapidement. Super, Bordeaux pourquoi pas ! Je lui demande alors de quel contrat il s’agit. D’un CDD de deux mois. Ah. Je lui explique que je ne vais pas déménager pour un si petit contrat et elle se met à m’engueuler. Il se passe quoi, au juste, dans la tête des gens pour s’imaginer qu’on est à leur service à ce point ? En plus pour du tri de courrier, ça va, elle peut trouver sur place.

Culture : J’ai reçu Erick de Briovère, de Jean-Claude Boscher dans le cadre de la Masse Critique Babelio et c’était très sympa à lire. Il va falloir que je fasse ma critique sur le site du coup. Mais petite déception, la masse critique suivante c’est celle de mon genre préféré, et malheureusement c’est rare d’être sélectionné deux fois de suite, chacun son tour.

Penser à : Essayer de me changer les idées, arrêter de me refaire l’examen écrit dans ma tête pour deviner ma note potentielle…

Avis perso : C’est tellement compliqué de vouloir déménager, tant de facteurs à prendre en compte, et l’urgence de devoir partir avant mon renouvellement MDPH, je ne veux pas revoir ce médecin…

Loulou -chat- : Elle me déteste. Lui donner son médicament est un vrai combat, ça la terrorise car il est immonde et en plus c’est deux fois par jour. Et elle en fout partout en essayant de le recracher. Heureusement dans deux jours c’est fini.

Message perso : Si seulement c’était aussi simple que traverser la rue.

Amitié : RàS

Love : Parfois c’est pénible de vivre avec un bipolaire, qui change d’avis comme de slip, d’un opposé à l’autre.

Sorties : Aucune.

Essentiel : Avoir mes résultats d’examen ! 😛

Courses : On a décidé de ne plus aller à la boutique bio la plus proche. Les fruits et légumes ont des moucherons dedans, viennent quasiment tous d’Espagne et sont hyper chers. Le problème, c’est que du coup, on a plus d’endroit où se fournir. Potager City et la Ruche qui dit Oui sont pire que hors de prix… soit on douille comme ce n’est pas permis, soit fini les fruits et légumes frais.

Envie de : Envie de partir de la région parisienne, vraiment ! Je n’en peux plus de cet appartement, de ce voisinage, de cette ville et de sa pollution, ses prix… au secours !

Musique :

Photo : 

courage

Fin : 11h15

Attendre ses résultats

attendre

Source image : xpixiexdustx, deviantart

Il faut savoir que, de base, je ne suis pas un modèle de patience. Mais trois semaines pour attendre ses résultats d’examen, c’est loooooong ! On ne nous a même pas donné de date, juste une approximation. En théorie, je suis censée savoir dans le courant de la semaine. Mais on a pas eu un seul mail, ni rien sur notre espace étudiant. Sachant qu’en plus les deux délégués sont trop occupés professionnellement pour nous tenir au courant, ça n’aide pas !

Moi, j’ai pas mal de projets entre parenthèses, qui sont suspendus à ce résultat. Des candidatures aussi, car mine de rien, avoir le diplôme me confère un poids supplémentaire, alors que sans, je suis juste une nana qui a suivi une formation et qui n’a pas été fichue de décrocher son sésame.

Après, même si je n’ai pas mon diplôme, rien ne m’empêche de créer quand même un blog dédié à la naturopathie. Dire que sans diplôme je ne peux pas le faire, c’est faux : c’est un peu comme si je disais qu’une blogueuse beauté n’est pas légitime pour parler de cosmétiques parce qu’elle n’est pas pharmacienne ou qu’une blogueuse littérature n’a pas le droit de parler de livres car elle n’est pas libraire. C’est bête. C’est la mentalité française du « tu n’as pas de diplôme, tu la fermes » et je ferais mieux de m’en extirper !

Cependant, si je ne l’ai pas, je me sentirais moins légitime pour lancer une collecte afin d’acheter toute la documentation nécessaire ou financer l’hébergement (‘façon si je n’ai pas le diplôme ce sera du classique et pas un hébergement pro).

Mais je vous avoue que je serais déçue si je ne l’ai pas. Parce que certes, j’étais malade comme un chien le jour de l’examen, mais quand même, ça la foutrait mal après avoir repris mes études grâce à la générosité des gens. J’aurais du mal à m’en remettre, moralement parlant. Et j’hésiterai sûrement avant de me lancer « quand même » dans le milieu.

Peut-être même que je partirai sur un tout autre projet, histoire de panser mes plaies. Peut-être que je donnerai la priorité à mon projet de BD sur le handicap au lieu de partir sur un site de naturo.

Ou alors je reprendrai les candidatures pour des jobs « en attendant » un peu partout, la mort dans l’âme.

Plus le temps passe, plus je suis pessimiste. J’en ai marre d’attendre, de tout avoir en stand-by, de ne pas savoir par quel bout commencer, d’être suspendue à un mail et de me faire tous les scénarios possibles et inimaginables dans ma tête.

Le jour de l’examen une de mes camarades m’a dit « Tu sais ce n’est qu’un bout de papier, un diplôme qui n’est même pas reconnu par l’État ». C’est vrai. Mais c’est un bout de papier qui peut faire la différence. Et qui compte pour moi.